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L'évolution de la cartographie marine en question

Les cartes plaisance du SHOM

Notre façon d’aborder la navigation risque fort d’évoluer dans les années à venir. Les outils traditionnels tels que la carte papier, la règle de Cras ou bien le compas à pointe sèche ornent notre table à carte mais pour combien de temps encore ?

Cet article dresse un état des lieux concernant l’évolution de la cartographie marine.

La cartographie officielle

En France, le SHOM a la responsabilité de cartographier les zones de navigation. Historiquement, les cartes marines de l’ensemble des côtes françaises sont diffusées sur un support papier (en pratique, un composé bien plus résistant que le papier, fort heureusement). Mais depuis quelques années déjà, les cartes se sont informatisées. Le SHOM élabore des cartes numériques selon 2 formats : les cartes matricielles et vectorielles.

portail  du SHOM

Reproduction partielle de la page d’accueil du portail internet du SHOM
(Accès direct au site internet http://www.shom.fr/)

Une approche mondiale

Cette évolution est supportée par l’OMI ; il s’agit de promouvoir de façon internationale une cartographie selon des mêmes règles d’élaboration pour tous les pays. L’objectif annoncé par l’OMI avec ces nouveaux outils est de sécuriser la navigation, de réduire la charge de travail en passerelle mais également de développer une nouvelle filière économique. Le trafic maritime commercial est bien évidemment la cible principale de ces nouveaux développements. Les énergies renouvelables sont également une motivation à ces travaux (champs d’éoliennes, hydroliennes, etc.).

Carte raster

Reproduction partielle d’une carte raster du SHOM

La carte Raster

« Raster » est un terme anglais pour désigner une image matricielle, c’est donc une carte numérique  qui  n’est rien d’autre que le scan d’une carte papier ou encore une matrice de pixels (d’où l’appellation de carte matricielle). A cette image en 2D, il convient d’ajouter une notion de géo-référencement et enfin d’y associer les données tels que la date de parution, le référentiel géodésique, etc.

Le SHOM a récemment lancé une offre de cartes matricielles appelé RasterMarine. Vous devrez débourser 29,70 € HT pour obtenir la carte 7127 (Abords de Bréhat – Anse de Paimpol – Entrée du Trieux) dans ce format. C’est relativement dissuasif !

Reproduction partielle d'une carte vectorielle S57 du SHOM

Reproduction partielle d’une carte vectorielle S57 du SHOM

La carte vectorielle

Quelque part, la carte RASTER appartient déjà au passé : elle n’est pas évolutive, elle est lourde à utiliser, etc. Pour palier  ces problèmes, les cartographes se sont donc orientés vers le dessin vectoriel qui offre bien plus de flexibilité. Il devient possible avec ce type de représentation de ne définir que les objets qui importent et non pas l’ensemble des points couvrant la surface utile. A ce titre, il faut comprendre une carte vectorielle comme une base de données, listant les objets de la zone (balises, lignes de sondes, constructions, etc.). Le logiciel responsable de l’affichage de ces objets décidera de les représenter à l’écran ou non en fonction, du facteur de zoom, des choix de l’utilisateur, etc. Puisqu’il s’agit d’une base de données, il devient possible d’ajouter de nouvelles informations (les atlas de courants par exemple). Pour la carte 7123 «Îles de Molène et Ouessant – passage du Fromveur », comptez 39.60 € HT au format S57.

Encryptage des données (S63)

Encryptage des données (S63)

L’encryptage des cartes

Deux raisons principales ont amené les cartographes à protéger leurs cartes. Tout d’abord, pour éviter les copies illégales, ensuite, pour empêcher toute modification des données. Lorsque vous achetez une carte officielle, vous obtenez de facto une garantie sur la qualité du produit. La même norme d’encryptage (S63) est utilisée par tous les services hydrographiques nationaux.

La couverture géographique

La couverture géographique des cartes vectorielles officielles françaises n’est pas exhaustive. Les travaux de traduction des bases de données hydrographiques au format vectoriel battent leur plein, le SHOM annonce une couverture complétée en 2017. En particulier pour nous autres naviguant en Bretagne, il manque encore beaucoup de cartes de détail (Concarneau ou Bréhat ne sont pas couverts). Il n’est donc simplement pas possible aujourd’hui de naviguer exclusivement avec des cartes vectorielles officielles (et sans reparler du coût déjà cité) .

Carte vectorielle d'une Carte vectorielle JEPPESEN

Reproduction partielle d’une carte vectorielle JEPPESEN

La cartographie privée

Les services hydrographiques nationaux se sont attachés à satisfaire les besoins des navires commerciaux et militaires ou ceux des nouveaux marchés de l’énergie. Ils ont donc permis l’essor d’une offre privée. En effet, les seuls portfolios complets et relativement abordables pour la plaisance proviennent de fournisseurs tels que Navionics, Jeppesen, VisitMyHarbour ou Maptech. Les informations cartographiques proviennent bien évidemment en premier lieu des bases de données officielles (sous licence d’exploitation). Mais les données sont remaniées pour répondre aux besoins du plaisancier. Bien que non officielle, cette cartographie est tout à fait sérieuse et permet de naviguer avec une précision inégalée. Et elle est évolutive : on voit notamment apparaître une nouvelle offre ; par exemple chez Navionics, une sorte d’hydrographie collaborative. Chacun peut envoyer à son fournisseur les données mesurées par le sondeur du bord pour compléter les bases de données hydrographiques et ainsi affiner le détail des fonds marins (lignes de sondes). Révolutionnaire ? À suivre en tout cas !

La carte papier va disparaître

carte navionics

Reproduction partielle d’une carte Navionics

 La Division 240, à savoir le texte réglementaire officiel applicable à la plaisance en France, ouvre de nouvelles perspectives. Citons l’article 240-2.06 qui liste le matériel d’armement et de sécurité côtier. L’armement du navire doit comporter « La ou les cartes marines, ou encore leurs extraits, officiels, élaborés à partir des informations d’un service hydrographique national. Elles couvrent les zones de navigation fréquentées, sont placées sur support papier, ou sur support électronique et son appareil de lecture, et sont tenues à jour. « 

Confirmation faite auprès du département des Affaires Maritimes : oui, on peut bel et bien naviguer sur un navire de plaisance en utilisant exclusivement un PC (ou une tablette) associé à un GPS, avec un logiciel de navigation spécialisé pour la plaisance (Maxsea, Adréna, OpenCPN, etc.) et des cartes électroniques distribuées par des éditeurs privés tels que Navionics, Jeppesen, Transas, VisitMyHarbour, etc. ! Exclusivement signifie que l’on peut ne pas embarquer de cartes papier éditées par le SHOM et être pour autant en conformité avec la nouvelle D240.

En pratique, les cartes privées sont bien élaborées à partir des données des services hydrographiques nationaux (les éditeurs privés en obtiennent une licence d’exploitation). Des produits cartographiques légalement achetés chez un éditeur sous licence font bien l’affaire.

Attention cependant, il convient de pouvoir assurer la continuité de la navigation à tout moment. Même si la Division 240 ne requiert pas de mettre en place une redondance, le risque de panne électrique incite fortement à embarquer une solution de secours, à savoir un autre équipement électronique autonome, ou bien tout simplement des cartes papiers, la bonne vieille règle de Cras, etc.

Aux Glénans, il n’est pas question de choisir entre les moyens de navigation électroniques et traditionnels. Nous cherchons bien plus à enrichir notre palette d’outils, de façon à améliorer notre compétence globale. La ligne directrice est d’ailleurs précisée dans notre cursus de formation : « Maîtriser l’utilisation des différentes techniques de navigation (GPS, estime, relèvements, pilotage, etc.) de jour comme de nuit »  (cf. l’observable de compétence de la fiche d’évaluation du niveau 5). Pour nous, ce sera donc électronique et papier !

livre de bord

Des incontournables restent : nous recommandons l’écriture manuscrite du livre de bord plutôt que sa version électronique. De notre point de vue, ce choix est seul garant de la continuité du suivi de la navigation.

Les travaux du CDM

essais electronique

Le Salona 37 transformé en salle informatique, le temps d’un week-end de travail.

La cartographie évolue et il en va de même de l’apprentissage de la navigation. Le CDM s’attelle donc à définir les compétences à acquérir pour naviguer avec ces outils. Il s’agit bien d’ajouter une corde supplémentaire à notre arc, ceci mérite d’être structuré pour que tous puissent accéder à ces nouvelles technologies.

Le sujet est vaste, il couvre les méthodes d’apprentissage à mettre en place, les nouveaux apports à découvrir, les pièges à éviter, mais encore les choix technologiques à proposer pour nos futurs bateaux. Si comme nous, ce sujet vous passionne, n’hésitez pas à nous contacter !

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