Retour d’expérience

Développer l’école de mer des Glénans

cormoran

Un cormoran à aigrettes (Phalacrocorax auritus) se séchant les plumes

École de voile, école de vie, les Glénans sont aussi une école de mer. Depuis toujours dans les statuts de l’association, l’attention que nous portons à l’environnement marin s’incarne maintenant dans une vaste approche pédagogique. Le domaine environnement du nouveau cursus fixe le cap en définissant les compétences attendues du stagiaire des Glénans concernant la vie qui nous entoure, le fonctionnement des écosystèmes marins, mais aussi la connaissance du patrimoine maritime et des métiers de la mer que nous côtoyons, les grands phénomènes qui ont modelé le paysage, sans oublier la réglementation.

Les Glénans, une école pas comme les autres

L’histoire de la création des Glénans, les rencontres qui se déroulent dans nos stages et nos bases, notre culture commune d’attention à la sécurité, de goût de l’apprentissage, d’exigence et de vie en groupe… C’est tout cela et bien d’autres choses qui font des Glénans plus qu’une simple école de voile.

Dans l’association, on parle souvent du « projet Glénans ». Mais quel est-il au juste ? Les statuts de l’association sont bien sûr une des bases du projet, qui s’incarne et évolue grâce à nos pratiques.
S’ils mentionnent le bien connu :« Les Glénans ont pour objet de créer, entre les hommes et entre les femmes de tous les pays, des liens par la mer », les statuts des Glénans inscrivent aussi dans les buts de l’association « de faciliter à tous la connaissance du monde marin » et de  « participer aux actions de protection de la nature et de l’environnement »

Pour faire vivre le projet, les Glénans se sont dotés d’un outil particulier : le Grand Conseil ! Il s’agit d’un vaste exercice de démocratie participative (inventé avant l’heure) où tous les adhérents sont conviés à discuter et orienter le projet associatif. Un peu tombé dans l’oubli pendant quelques décennies, le Grand conseil a fait son retour en 2013. Une centaine d’adhérents ont alors réfléchi et débattu sur le futur de l’association. Le compte-rendu de cette rencontre est en ligne, il est riche d’enseignement. Dans les quatre points mis en avant dans le paragraphe « Une conclusion en forme de consensus » figure notamment la phrase suivante : « Consensus sur la nécessité de mettre en œuvre une politique active en matière d’en­vironnement ».

C’est sur ces bases que s’est construite la démarche de découverte de l’environnement marin qui s’est progressivement intégrée à une nouvelle vision de l’école de mer. Actuellement, notre pédagogie sur ce deuxième élément de notre triptyque ( Les Glénans, école de voile, école de mer, école de vie ) consiste essentiellement à une simple mise en contact. L’idée est donc de permettre une progressive montée en compétence sur des thèmes définis pour développer notre école de mer.

Devenir de meilleurs marins

Chenal de l'île verte

Le chenal de l’île verte
Crédit photo : Gildas Veret

La notion un peu fourre-tout de « sens marin » était jusqu’alors notre principale ouverture vers l’idée qu’être marin, ce n’est pas seulement être  bon technicien de la voile. Il y a un vécu nautique, une attention au milieu, une finesse de perception qui peuvent enrichir la maîtrise de telle ou telle manœuvre. De plus, on ne peut guère respecter ce qu’on ne connaît pas et il est plus intéressant de comprendre son environnement et définir soi-même ce qu’est une « bonne conduite » que d’appliquer des règles toutes faites.

L’évolution du cursus de formation des Glénans en 2014 a été l’occasion d’étoffer les contenus « environnement » proposés par la FFVoile. Reprenant l’orientation générale qui lie connaissance du milieu naturel, patrimoine maritime et respect des réglementations, les Glénans l’ont enrichi de contenus naturalistes (oiseaux, plancton, océanologie…), de compréhension du paysage (géologie, histoire des monuments et des amers) et de connaissance des activités humaines maritimes (rencontres avec les professionnels de la mer).

Il ne s’agit pas d’enseigner des notions très poussées dans l’ensemble des stages de voiles ; de quelques quarts d’heure à quelques heures par semaine de stage (selon le souhait du moniteur et de la météo) permettront une première sensibilisation : ouvrir des portes pour que les stagiaires puissent approfondir plus tard. Par exemple : avoir conscience que tel oiseau arrive de Scandinavie, ou d’Afrique, que « les cailloux » sont le résultat d’une histoire géologique qui a formé un paysage qui continue d’évoluer, connaître les enjeux et contraintes que gère un capitaine de port, un pêcheur, un commandant de ferry, etc.

Un peu d’environnement dans tous les stages

Fort La Latte

Le Fort La Latte
Crédit photo : Gildas Veret

Lorsqu’on est en route, une anecdote sur tel oiseau que l’on vient de croiser, ou quelques explications sur la formation de la falaise qui nous sert d’amer, ne prennent pas de temps sur le stage, mais y apportent une nouvelle dimension et donnent du sens aux paysages que nous traversons. Des séances sur l’estran peuvent permettre de bien gérer une journée de pétole, qui peut paraître longue si on la remplit de topos. De même, les apports environnement peuvent enrichir les journées passées au port lors d’un coup de vent. Mais clairement dans les stages classiques, l’enseignement de la voile domine de loin, et l’exemplarité du moniteur s’élargit pour englober la connaissance de notre milieu de navigation.

Une équipe bénévole, en lien avec les salariés, travaille cet hiver à l’accompagnement des moniteurs dans cette démarche. A bord des bateaux, un « guide environnement » permettra de découvrir des connaissances facilement maîtrisables sur l’environnement marin et aidera à la mise en place de ces contenus au cours des stages. De plus, de premiers Stage P Environnement qui auront lieu en 2015 sont en cours de préparation. 1ère session du 4 avril au 10 avril 2015. Inscrivez vous ici. Pour les suivante, surveillez le site !).

grèbe huppée

Une grèbe huppée (Podiceps cristatus)

Ces stages permettront aux moniteurs qui le souhaitent d’acquérir de solides bases pour enseigner le volet environnement du cursus de formation. Pour ceux qui souhaiteront se former en autonomie, l’ensemble des supports de cours seront disponibles en ligne sur la documentation des moniteurs. Bien sûr, l’acquisition des compétences environnement ne va pas se faire d’un coup. Il est logique qu’une telle évolution se fasse de manière progressive, sur plusieurs années. Gardons néanmoins à l’esprit qu’une grande majorité des moniteurs reste active environ 3 ans dans l’association. L’évolution de la formation initiale des moniteurs permettra donc de toucher un large public en un temps relativement court.

Des stages à thèmes Environnement marin

Pour les stagiaires qui souhaiteront approfondir ces sujets au-delà des quelques bases transmises dans le cursus, des stages à thème seront proposés. Cette fois, le bateau y sera un support pour découvrir l’environnement marin. Ces stages seront animés par des moniteurs-naturalistes spécialisés. Les premiers stages à thèmes grand public sont prévus en 2016.

Des orientations validées par le Conseil d’administration

Vu l’ampleur du projet, une validation par les instances dirigeantes de l’association était évidemment nécessaire au coup d’envoi de cette École de Mer. Le 11 octobre, devant la base de Concarneau, les administrateurs des Glénans, ainsi que des chefs de base, des responsables salariés, des présidents de comité de secteurs parcouraient l’estran et y ramassaient gaiement algues et animaux à l’approche de la marée basse. Au cours d’un week-end de travail chargé, avant de voter le lancement du projet « école de mer », ils ont pris le temps d’un bref aperçu de la pédagogie proposée dans ce projet. En voici un tout petit exemple:

Pelvéties : ces héros invisibles

Algues Pelvétie sur un enrochement

Algues Pelvétie (Pelvetia caniculata)

Qui sait en effet que les petites algues rabougries qu’on trouve en haut de l’estran sont des championnes des milieux hostiles ? Incapable de « jouer les gros bras » pour se tailler une place à l’abri du soleil un peu plus bas sur l’estran, la petite Pelvetia caniculata s’est installée là où ses concurrents, plus robustes dans une concurrence directe, ne pouvaient pas la suivre : tout en haut de l’estran, au niveau des marées hautes moyennes. Du coup, la bande des pelveties est un repère utile pour qui sait la reconnaître à l’heure de vérifier un calcul de marée. En mortes eaux, ces algues passent parfois plus d’une semaine hors de l’eau, desséchées par le vent et le soleil, avant de revenir à la vie aux vives eaux suivantes. C’est un peu comme si nous étions capables de rester une semaine en apnée!! Cette « stratégie » s’apparente à celle des inuits : l’adaptation à un milieu hostile diminue la concurrence avec d’autres populations…

Algues sous les pontons

Des merveilles sous nos pontons
Crédit photo : Gildas Veret

Un projet collaboratif

La commission environnement du conseil des moniteurs et de l’encadrement bénévole, le centre de formation, des comités de secteurs et plusieurs bénévoles sont déjà impliqués dans l’élaboration des contenus. La base de Concarneau s’implique fortement dans la démarche et accueillera le premier stage P Environnement du 4 au 10 avril 2015.

Si vous souhaitez vous investir dans le développement de l’école de mer, vous pouvez contacter le Conseil des moniteurs en précisant vos sujets de prédilections, vos compétences sur ces sujets et le temps que vous souhaitez y consacrer. Nous échangerons alors pour organiser votre participation ! A bientôt.

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