Retour d’expérience

"Presque-accident" : chute à la mer au port

presque-accidentUn « presque-accident »

Dans une démarche de prévention, ne considérer que les accidents n’est pas suffisant, il est également nécessaire de prendre en compte les « presque-accidents ». Il s’agit de ces évènements qui ne conduisent pas à des dommages humains, matériels ou environnementaux.

L’issue la plus fréquente est un « ouf » de soulagement, le sentiment d’avoir eu de la chance et d’être passé à coté d’un drame. Les spécialistes de l’accidentologie traduisent cette chance par un alignement favorable des plaques de Reason.

Les « presque accidents » sont bien plus nombreux que les accidents. En partager l’expérience permet la mise en place de dispositions qui éviteront que des circonstances similaires conduisent, une autre fois, à un accident.

Cas rapporté : chute à la mer au port

Le récit du chef de bord

Le soir précédent la fin du stage, nous sommes amarrés au port de Lézardrieux. Après le repas, chacun regagne sa couchette.

Au milieu de la nuit, j’entends un « plouf » suivi d’une exclamation humaine qui, dans mon cerveau ensommeillé, se traduit par « Une personne est tombée à l’eau » ! L’instant d’après, je bondis sur le pont et aperçois quelqu’un nageant à l’arrière du bateau que je reconnais vite comme faisant partie de mon équipage. Il s’agrippe à la jupe arrière et me dit « Qu’est-ce que je fais là ? ». J’ouvre la filière arrière, il remonte sans mon aide dans le cockpit, s’assied et explique : « Je me souviens m’être levé pour uriner, je me souviens avoir commencé à uriner par dessus bord. ; je me suis réveillé dans l’eau ! »

Il ne s’agit pas d’une maladresse ou d’une perte d’équilibre mais d’une « absence ». Un médecin, consulté le lendemain, lui expliquera qu’en état de fatigue, après une journée de mer, le fait de se lever la nuit peut conduire à une petite baisse de tension ; le fait d’uriner peut aussi en provoquer une autre. Il s’agissait donc d’un léger malaise qui s’est produit à un très mauvais moment.

L’analyse

D’autres enchainements de situations auraient pu conduire à une situation similaire :

  • un déséquilibre ;
  • une glissade ;
  • un abus d’alcool ;
  • un somnambulisme ;
  • un maintien à un équipement instable ou fragile ;
  • etc.

L’accident n’a pas eu lieu pour plusieurs raisons :

  • l’équipier, âgé d’une trentaine d’années et grand sportif était capable de nager et même de remonter à bord sans assistance ;
  • le coefficient de marée était faible et l’évènement s’est produit près de l’étale de basse-mer. Il n’y avait pas ou peu de courant dans le port qui se situe pourtant en rivière ;
  • le chef de bord et un équipier ont été réveillés par le bruit et étaient prêts à l’aider.

Il n’est pas difficile d’imaginer ce qui ce serait passé en faisant varier l’un de ces paramètres… Ouf !

La leçon à en tirer et et les dispositions à prendre

La nuit, au mouillage, nous mettons systématiquement à l’eau l’échelle de bain ou de remontée à bord. En rivière ou dans des zones exposées au courant, nous allons même jusqu’à ajouter à l’arrière du bateau une dizaine de mètres d’aussière avec un pare-battage.

Objectivement, au port, le bateau bien amarré nous donne une sensation de fausse sécurité. Nous recommandons donc de :

  • ne jamais déroger à la règle –  Seul à bord ou avec un équipage dormant à bord et quelque soit le lieu, descendre systématiquement l’échelle de bain ou de remontée à bord ;
  • sensibiliser les chefs de bord et les équipiers sur ce risque particulier lors des « topo sécu » ;
  • inviter les hommes à utiliser les toilettes du bord pour leurs petits besoins nocturnes, même si cela manque de discrétion et peut entrainer un inconfort pour l’équipage.

Rapportez les « presque-accidents »

Outre l’intérêt de partager cette expérience précise à laquelle nous pouvons tous être confrontés, nous voulons vous sensibiliser à l’importance de remonter les informations concernant les « presque-accidents ». Nous vous invitons à le faire de deux façons :

  1. en remplissant le paragraphe concerné dans la fiche de bilan de stage ;
  2. en nous transmettant un petit récit de l’événement afin que nous puissions éventuellement le partager ici. N’hésitez jamais à le faire, même s’il y a faute humaine, y compris de façon anonyme si vous le préférez.

En tous cas, il est du devoir du chef de bord de le mentionner dans le livre de bord.

Pour mémo, concernant les accidents :

Quelque soit le niveau de gravité d’un accident entrainant des dommages humains, matériels ou pour l’environnement, faites systématiquement un rapport de mer !

Les rapports de mer et les récits des « presque-accidents » permettent à la Commission de sécurité d’évaluer les risques, les fréquences et leur gravité potentielle. Ces analyses sont d’autant plus importantes qu’elles sont nécessaires pour faire évoluer les équipements, les pratiques et la formation.

 

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